DÉMARCHE ARTISTIQUE
La dissociation de l'être et du corps est l'objet d'étude central de Laurence Le Constant; elle explore cette dualité permanente au fil des étapes de la vie : la difficulté de devenir femme, la déchéance du vieillissement, le passage de la vie à la mort. Les corps créés sont féminins mais dépourvus d'attraits. Le sexe est vécu comme une aliénation, qui conditionne leur individualité et leur existence de façon réductrice. L'être subit cet état, et s'il se refuse à habiter cette enveloppe sexuée contrainte à la faiblesse et au désamour, il ne parvient pas à s'en extraire. Il demeure seul objet du tout-puissant désir masculin. "Dolly chérie", "Sweety" ou encore "Lovely" révèlent un corps-objet rendu repoussant par sa passivité. Les yeux ou "L'œil" en référence à Georges Bataille, sont pour l'artiste les éléments clés de la manifestation de ce sexe ouvert sur un intérieur voué à l'impuissance. Fente, béance, plaie, ici, devenir une femme est une impossible trahison. Pendant que ses sculptures textiles, inspirées du butô, s'adressent à des dieux inexistants, ses peintures sont des arrêts sur images au cours desquels le corps s'embourbe et se délite, traduisant l'impossibilité de lutter contre son anéantissement. Adepte de la récupération de matériaux, Laurence Le Constant expérimente, agglutine et superpose des textures denses qui se font chair. Les couleurs usées, salies, dégoulinent et éclaboussent la toile dans une expression instinctive et urgente. Sources d'inspiration: "La Maladie de la Mort" de Marguerite Duras. "Lolita" de Vladimir Nabokov, "Le Deuxième" Sexe de Simone de Beauvoir, Hans Bellmer, Louise Bourgeois, Egon Schiele, Marcel Duchamp, Roger Ballen, Annie Leibovitz, le Butô.